Shakulwe Konda : Le Gardien de la Mémoire et de l'Âme Bashi Né au cœur de la collectivité chefferie de Kabare , Shakulwe Konda est une figure emblématique de la préservation culturelle en République Démocratique du Congo. Aujourd'hui âgé de 96 ans , il se définit non seulement comme un enseignant et un conservateur, mais surtout comme un vulgarisateur et ambassadeur itinérant de la culture Bashi. Héritier d’une lignée sacrée Shakulwe Konda est né dans la famille des Bajinji, gardiens de la tradition Bashi. Son grand-père, Namukomba, et son père, Mudawa, l’ont initié dès l’enfance aux rites, à la guérison, à la divination et au culte Nama — la religion du Dieu avec eux. Très tôt, il manifeste des dons de clairvoyance et de guérison, marchant sur les dos des malades pour les soulager, annonçant des événements avant qu’ils ne surviennent. Un parcours entre deux cultures Contre toute attente, c’est à l’âge tardif de 24 ans qu’il commence l’école primaire. Il apprend le français auprès d’un colon belge, devient précepteur de son fils, puis poursuit des études à l’Institut social africain (ISES). Mais son rapport à la culture occidentale reste critique. En 1963, il est renvoyé de l’école pour avoir osé dire que le christianisme aurait dû composer avec la religion Bashi au lieu de l’écraser. Cette résistance, loin de le briser, forge son identité d’artiste-penseur de l’interculturalité. Un artisan de la mémoire collective Shakulwe Konda a dirigé des centres sociaux, des associations de développement (MIDIP), et a été responsable du centre culturel Ndaro. Il se définit comme « vulgarisateur culturel » et « ambassadeur de la culture Bashi ». À travers des émissions radiophoniques, des conférences et des enseignements oraux, il lutte contre l’oubli et restaure les valeurs, les interdits fondateurs, et les récits des origines. Une voix prophétique et libre Sa parole est celle d’un résistant : contre l’acculturation, contre le mépris des savoirs locaux, contre la spoliation spirituelle. Il affirme avec humour et gravité : « Les gens qui ont été derrière moi pour m’arracher la tête sont partis avant moi. » Sa longévité est pour lui la preuve que la vie ne s’arrache pas, qu’elle se reçoit et se transmet. Œuvre vivante L’œuvre de Shakulwe Konda n’est pas écrite. Elle est parlée, chantée, incarnée. Elle réside dans chaque cérémonie qu’il accomplit, chaque enfant qu’il bénit, chaque journaliste qu’il accueille dans sa cour à Bokavu. Il est lui-même une archive vivante, un « mystère d’archives » — titre de l’émission qui l’a révélé au public. Shakulwe Konda ne cherche pas à être une icône. Il l’est devenu parce qu’il n’a jamais cessé d’être un homme debout, assis au centre de sa mémoire, parlant pour ceux qui ne savent plus d’où ils viennent.






